Kateb Yacine
Un géant de
De la francophonie à la langue du peuple.
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Son verbe est un concept savant d’esthétique, confectionné à partir d’une culture populaire où résonne la modernité, la révolte et l’ironie.
Il a mis les voiles, un grand vide s’est installé. Il rendit l’âme le 28 Octobre 1989 et n’a pas manqué son billet daté du joli mois accompagnant les révolutions dont celle du 1ér novembre. Par sa naissance, la guerre de libération se déclencha de, juste après, cette heureuse mensualité d’espérance, dès zéro heure sonnante. Octobre, encore lui qui fait gronder son charme automnal...
Les lieux se vident, plongent dans le silence, fatalement du départ des êtres chers dont la stature imposante occupe la mémoire aux dimensions de toute la matière cérébrale collective. Même parti, le combatif auteur de Nedjma restera, outre la cause éclairante de tout le tiers-monde, pour l’éternité comme une CNI (Carte d’Identité Nationale) matricielle à tout algérien.
Que cela déplaisent à ses détracteurs avérés de grande nuisance sans l’atteindre, il est le fondateur d’un mythe colossal où la personnalité algérienne est démontrée et déployée à travers une oeuvre culturelle au sens large du terme. Une production merveilleuse et prolifique de poésie, de romans, de spectacles, d’écrits multiples et surtout d’action concrète.
Reconnu aussi comme leader à part entière, pour ses valeureuses idées et sa présence personnelle, dans la rupture avec le colonialisme, disons le plus subversif des créateurs parmi l’élite indépendiste. Il s’est exprimée sur les planches du 4è et sur les pages pour que le retiennent celles des dictionnaires comme un géant de la langue française et dont son timbre personnel, le katébien, valide à jamais l’émancipation de tout opprimé.
Keblout au sobriquet généalogique, ne devait rater une autre victoire de son peuple, celle d’octobre 1988. Il plia bagage et cette fois définitivement, un an après l’insurrection des générations insoupçonnées... Il a laissé en plein élaboration, outre ses analyses iconoclastes de cette autre subversion, une pièce, semblables à toutes les fresques katébiennes sur le 5 octobre et son rang dans toutes les épopées révolutionnaires qui jalonnent l’époque contemporaine. Et auxquelles il a assisté, au profil présent dans les annales de son siècle... Nul ne pouvait faire son art laborieux qu’il qualifiait si judicieusement en théâtre politique (la désignation est de lui) refusant de lui accoler d’autres qualificatifs que celui lié à la mémoire qu’il irrigue de son génie et à la cause des travailleurs qu’il a animé dans la troupe ACT (Action Culturelle des Travailleurs).
Il est de ces militants qui n’abandonnent pas les côtés et le premier rang des bâtisseurs de la liberté et du bien être. Même après sa disparition il demeure encore fervent défenseur de l’Algérie d’en bas et des humbles qui collectivement, selon son inébranlable croyance, modifient l’histoire. Révolutionnaire, chaque jour avancé devant ceux qui n’ont pas de barricades pour se faire entendre des dieux, Kateb Yacine représente, à lui seul, un pan entier du tumulte de l’histoire de la décolonisation.
Comme beaucoup de jeunes de son époque, il était très proche du PPA. Mais il a été déçu à l’instar de sa génération dont A. Benzine et d’autres encore : (… Le mouvement nationaliste avait commencé à dénérer. Le PPA s’était transformé en MTLD, c’était déjà une compromission… Il y avait des luttes, on se bagarrait entre nous, c’était triste. (…) Mais l’idée que nous nous faisions était idyllique… Mais c’est plus tard que les hommes du CRUA l’ont rélaisé, par d’autres moyens, des moyens de violence..) – 1 –
Au PCA (Parti Communiste Algérien), il était considéré comme un théoricien de valeur et homme de terrain à hautes bravoures, d’après les témoignages de ses compagnons encore en vie. Son verbe est un concept savant d’esthétique confectionné à partir d’une culture populaire où résonnent la modernité, la révolte et l’ironie. Son discours ne peut pas être affilier au populisme qu’il prenait, à chaque tournant, à faux.
Déjà meneur d’un art populaire s’inspirant de la lutte des classes, il était une boîte de résonance à très large spectre pour l’idéologie dont il se revendiquait. Créateur indépendant, il était l’extra-structure qu’on ne peut rencontrer dans une cellule de quartier ou d’entreprise. De part ses voyages et longs périples à travers de grandes métropoles du monde (Alger, Paris, Milan, Tunis, Bruxelles, Hambourg, Bonn, Stockhölm, Trieste, Zaghreb, Florence, Berlin, Moscou, Sédrata, Bel-Abbes, Constantine, Sétif... et tant d’autres) où auprès de certaines il séjourna des années, des mois... Il parcourait
Il ne pouvait être autrement, ses activités avaient la priorité sur son accompagnement à l’aventure politique de son parti. Ce dernier et ses responsables, en connaissance de cause et par traitement réservé dans les rangs, de même au sein de l’actuel P.C. (le P.A.D.S.), pour tous les artistes communistes, de les préserver intrinsèques et totalement libres de toute entrave pour ne jamais les priver de l’autonomie d’action.
Lui davantage, il est le militant le plus charismatique, respectable, loyal, prêt à tous les combats et à toutes les ripailles. Et nous avons chanté l’hymne communiste, l’Internationale, lors de ses funérailles alors qu’il règne toujours et encore parmi nous et bien loin dans les sociétés qui gardent une fierté de son appartenance. “ ... Cela se débattait, je le souligne un peu lourdement, entre communiste; Kateb était et est toujours communiste, et, que cela plaise ou non, on ne comprendrait rien à son oeuvre si on oubliait ce point de repère essentiel... ” - 2 -
Comme intellectuel de haut rang, il rayonne imperturbablement et forcément sur les catégories lettrées d’abord et ensuite toute la population à laquelle il revient. Puis en cadre du militantisme sincère, il est superviseur avec beaucoup d’autres penseurs du sérail éclairé, du projet national, moderne et socialiste. Celui que le romantisme de la rigueur scientifique a élevé au rang de modèle efficace, harmonieux, juste et progressiste.
Figure emblématique aussi bien de la littérature que du modèle démocratique algérien, il avait un poids dans la littérature et le don de lui trouver l’écho et la résonance politique. Selon la clarté du programme idéologique et le projet philosophique qu’il a légué, le régime algérien devait prendre part et place dans l’idéal universel et est basé sur l’éducation avancée du peuple. Keblouti est immortel. Le théâtre Katébien, à porté éducative, parlait (par respect au savoir) de “ la poudre d’intelligence ”, la seule pièce algérienne jouée aux Etats Unis, considérée l’oeuvre noyau de son génie littéraire, car prise directement de l’oralité et du personnage à la fois burlesque et mythique “ Djeha ”.
Il fut prophète de l’avant-garde artistique du nationalisme dans un contexte de colonialisme quand il prononça à 17 ans, le 24 mai 1947, à la tribune de
Il divulgua cette fameuse version que l’Emir Abdelkader avait combattu, bien avant les français, les turcs dont le protectorat a été, sans nul doute, plus maléfique pour avoir livré sur un plateau d’argent, à la soldatesque qui débarquait à Sidi-Fredj, une société tribale et dans un indescriptible état d’arriération. ...Sur le chemin du pèlerinage, avait conscience qu’il tenait le fil de la nation et de l’Etat algérien. Aussi lutta-t-il d’abord contre l’autorité turque, jeta-t-il ensuite les tribus ralliées à l’assaut de l’armée française. - 3 - Pendant “ la guerre de 2000 ans ”, “ les ancêtres redoublent de férocité ”, son oeuvre qui fouillait le thème capital de l’histoire et fonde la réponse identitaire, exprime la volonté juste de la violence.
L’oeuvre de Kateb Yacine a deux impacts, réciproquement paradoxaux. Le premier, campé par une haine inculte de la modernité dont l’unique lecture est un gargarisme d’étroitesse nationaliste ou obscurantiste. Il relève des deux idéologies qu’il récusait de son verbe sarcastique. L’une pour avoir dilapidé un pays envié pour ses atouts et accouché la seconde, la secte hideuse qui a causé quelques 200 000 morts depuis son grand départ. Et le deuxième point de vue appartient aux lecteurs qui ont eu la chance de connaître son travail littéraire et sont admirateurs de ses opinions renflouées de courage et saturées d’une poésie volcanique. Il est une fascination vivante au projet “ sociétal ” digne d’honorer le combat des justes, les esprits épris d’évolution.
Versé à la pratique de la plume, il est cet héros unique et irremplaçable dans le personnel algérien contemporain des intellectuels de toutes les spécialités, une figure de proue à l’intelligentsia. Même si Jean Amrouche, Mouloud Feraoun (
Son parcours de journaliste à Alger républicain, lui a donné l’occasion de côtoyer A. Camus le Nobel auquel il a écrit en 1957 une lettre à propos de la guerre. Dans cette missive adressée à un compatriote, dit-il : “ On crie à Tipaza et Nadhor... Irons-nous ensemble apaiser le spectre de la discorde, ou bien est-il trop tard. Verrons-nous à Tipaza et Nadhor les fossoyeurs de l’ONU déguisés en juges... ” - 5 - Tipaza est dans l’écrit “ Noces à Djémila ” de Camus et Nadhor dans “ Nedjma ” de Kateb Yacine.
Celui de romancier lui a valu le respect de millions d’adeptes qui le vénèrent. Dans le monde, il devint l’homme de lettres représentant la cause algérienne quand sa belle étoile “ Nedjma ” rayonna avec l’ampérage d’un astre et des incalculables kilowatts, sur la surface de
Et celui du théâtre lui fit partager une chambre avec le plus grand dramaturge du XXième siècle, Bertold Brecht qui n’échappa pas aux persécutions du Nazisme Hitlérien ni au Maccartisme des USA. Ensuite son oeuvre dramatique le classe, le pratiquant d’un théâtre engagé atypique. Un théâtre qui bouscule la conception criarde de la culture officielle locale et celle universelle que l’émancipation des peuples est en bute à la domination.
Kateb Yacine fut puni, à 15 ans, d’une double peine pour avoir participé aux manifestations du 8 mai 1945, l’exclusion du lycée de Sétif et l’emprisonnement. Il a risqué d’être fusillé pour sa fougue juvénile, ce qui a depuis fait craquer sa mère, la plongeant dans les ténèbres des troubles psychiques. Femme dont il décela la généreuse sensibilité, il lui réserve la considération d’être une bibliothèque de poésie et de savoir, dit-il de son enfance déjà inspirée. C’est elle qui l’initia, la première, à faire rimer les mots. Sa première publication est le recueil de poèmes intitulé “ soliloques ” qu’un breton, propriétaire d’une imprimerie à Bône (Annaba) a fait sortir en 1946.
Sa rencontre avec Abdelhamid Benzine datait de bien avant qu’il ne soient ensemble au camp, à leur arrestation pour leur participation au 8 mai 1945 à Sétif. Quand son père “ Oukil ” (avocat), était venu habiter Bougaâ (ex. Lafayette) et l’avait fait quitter l’école coranique pour celle instituée par l’occupant, le destin des deux hommes se scella. A. Benzine devait lui sanctionner des cours sur la demande du père. Il appartient à une ligné de poètes, écrivains, traducteurs... Puis son nom “ Kateb ” en arabe signifie : l’écrivain pour l’embellissement aristotélique au métier auquel il s’est consacré.
Il connut avant moi la prison à quinze ans. Il fut le premier militant que j’eus la chance de rencontrer. Nos deux familles étaient voisines dans le village de Bougaâ, ex-Lafayette. En ce temps-là, dans les années 40, Abdelhamid Benzine m’intimidait beaucoup. J’étais encore à l’école, et lui, c’était un “ grand ” c’est-à-dire qu’il était interne au ,collège de Sétif. ...Mon père lui demanda de me donner des cours de mathématiques... Nous discutions passionnément des journaux qu’il lisait et faisait lire autour de lui. Mais je ne savais pas alors que j’avais devant moi un militant déjà formé à la vie clandestine... Il était déjà l’un des membres les plus actifs du PPA illégal.-6 -
A se demander comment les courants d’idées rétrogrades arrivent à distiller via le système scolaire, les mosquées et les rouages étatiques l’image étriquée qu’on lui veut. La population algérienne n’est pas, heureusement, acquise à de telles mauvaises fois haineuses, en aucun cas. Si ce n’est pas l’intervention d’idéologues de la félonie comme El-Ghazali (le faux dévot sévissant dans le pays du rebelle) qui, sans savoir que quand “ Mohamed prend sa valise ” de France pour rentrer au pays, il la ramène pleine de devises. La pièce du retour de l’honneur pour l’émigration qui a eu un immense succès partout où elle a été jouée, était la seule fois où la communauté algérienne s’est miroitée joyeusement à son propre théâtre. Elle n’a rien à voir avec aucune religion, et encore moins la musulmane.
La propagande du Cheikh égyptien, est en grande partie directement responsable de l’hécatombe causée depuis 1990 en Algérie. L’endoctrinement des disciples de l’islamisme qu’il prônait à la télévision algérienne pendant toute la décennie 80 à des heures de grande audition : Le lundi (après-midi de repos pour les établissements scolaires) à 19 h 30 et le vendredi, deuxième jour du repos de Week-end pour les algériens, en est l’une des sources de l’égarement de la jeunesse.
Au comble de l’ignorance de ce qu’est réellement “ Mohamed prend ta valise ” dont le thème de l’immigration a été traité différemment par Mahmoud Zemmouri avec son film “ Prend dix mille balles et casse-toi ”, le Cheikh a osé même souhaité que ce fils de l’Algérie profonde ne soit pas enterré sur le sol de sa patrie. Pure félonie... Il repose à El-Alia aux côtés de Boumédiène et de l’Emir Abdelkader, au carré des martyrs. En feuilletant un des livres de Ghazali qui a pour titre “ L’islam et
La vie de Kateb Yacine, à l’instar de beaucoup d’écrivains, est faite de voyages. L’inspiration est rare dans un bureau ou un salon, la nécessité de la rechercher et de la happer oblige à la trouver partout où elle peut être. La table et le canapé permettent surtout de rédiger après que les matériaux, la documentation pour certains, soient accumulés. Ce que ne comprennent pas, justement, certains critiques et lecteurs que Yacine n’était pas voué à l’errance. Certes il y a le manque de confort dans sa trajectoire, mais c’est le cas de plusieurs auteurs qui partent aux lointains horizons.
N.E. Tatem*
* Journaliste, Auteur, Président de Cie Théâtrale : « 4èCULT » et Editeur , fondateur de : « ARGOTHEME »
-1- In Révolution Africaine du 2 février 1963
- 2 - Revue “ Europe ” N° 828 du mois d’avril 1998 - article de Yves Benot sous le titre “ Tout commence demain ” page 43
- 3 - In revue “ Europe ” page 64, texte de Abdelwahab Meddeb intitulé “ L’inteRruption généalogique ”.
- 4- Même numéro revue “ Europe ” - article “ Le kaléidoscope du vagabond ” de Naget Khadda page 4.
- 5 - Ecrite en 1957 et est parmi le fond Albert Camus, détenu par sa femme. Publiée entière dans l’ouvrage intitulé “ Eclats de mémoire ”. Ce dernier a été publié, en 1994 à l’occasion de l’exposition de l’exposition tenue à l’Institut du Monde Arabe à Paris, par l’IMEC (détentrice actuelle d’une partie des archives de Kateb Yacine dont la majeur partie a été remise par son fils hériter).
- 6 - extrait de la préface de “ La montagne et la plaine ” roman de A. Benzine édition El Adib.

70è anniversaire du PCA.
Forum discussion avec dzblog/ ARGOTHEME
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Il y a soixante-dix ans, le 16 et 17 septembre 1936, se tenait à Alger le congres constitutif du PCA (Parti Communiste Algérien). La raison essentielle à l'origine de ce fait qu'on ne peut occulter de la mémoire collective de ce pays, est l?existence de cellules du PCF sur le sol algérien. L'initiative concrétisait l?aspiration de ces militants souvent expatriés, pour leurs opinions, de leurs terres d'origine, faute de ne pas avoir été envoyés aux bagnes. L'action s'est conjuguée, en temps réel et grammatical, à l'extrapolation du soulèvement révolutionnaire qui a eu pour théâtre
L'union des prolétaires, une autre mondialisation signée MARX.
Plusieurs conditions ont prémédité favorablement la procréation d'une organisation politique, vachement ancrée au sol qui l'a fécondé et subversive à plus d?un titre, dans le contexte d'occupation aucunement permissif d'espaces d'expression. Malgré la difficulté d'afficher la particularité de « parti algérien », le PCA s'est mué à partir d?un humus habité par des traditions de résistance insurrectionnelles et peuplé d'âmes, quelque soi leurs ascendances, prédisposées aux révoltes. Sa poussée était due, d'une part, de la tendance à l'universalisme qui catalysait et propageait, déjà suffisamment à cette époque, un flux d'idées véhiculant l'attrait d'activités très diversifiées dont raffolaient les populations : politique, arts, sports etc. L'engouement qui a tenté de rendre vivante la philosophie marxiste et de l'exécuter en société socialiste, frappait à toutes les portes. Et d'autre part, la fameuse loi de 1901 (liberté d'association) mettait des embouts de tolérance envers certains domaines jugés, avec suspicion dans les colonies, autorisés. L'esprit du texte, qui avait pour champ le territoire métropolitain, désignait nommément les interdictions auxquelles l'appareil judiciaire ne pouvait que s'y conformer. Du fait du grand débat qu'elle a suscité, avant et après son avènement, cette législation reste une source d'inspiration, pour plusieurs contrées du globe, à ce qui symbolise le droit citoyen. Celui qui insinue devoirs en contrepartie et qu'exprime, à jamais, le mouvement associatif. Le PCA, avantagé par sa composante plus européanisée, dans le contexte marginalisant impitoyablement les autochtones, n'était pas le seul à s'incruster dans la brèche instituée par le dispositif législatif discriminatoire envers les bataillons de parias du système colonial. Plus réprimés, car plus redoutés sont les expatriés d'origine européennes, composés d'anarchistes et d'ex. socialistes dont de larges pans se sont déclarés « communistes » dès 1920. La conversion d?une partie de la gauche accablée du paradoxe qui a entaillé son unité, voir plus loin dans cette intervention, au sujet des colonies était bien une recommandation léniniste. Cette division s'est faite sous la houlette bolchevique qui, de sa pratique du marxisme, a agréé de nouvelles théories et une réelle pratique de l'action révolutionnaire. Aux communistes algériens, le questionnement posé depuis toujours concerne le préalable de l'autonomie par rapport à la métropole coloniale, ou l'indépendance. Il est dit, d'emblée au premier paragraphe de cette intervention, qui étaient les partisans des premières cellules communistes algériennes. Nous verrons à la fin du chapitre « PCA » comment, à la veille du congrès constitutif et aux premières semaines de la vie de ce parti résolument à gauche et indépendantiste, pourquoi et comment les ressortissants locaux, arabo-berbères, l'ont rejoint massivement. La question des indépendances
au centre du communisme mondialisé.
La libération était perçue et louée au sort de la lutte des classes. Son acquisition préconisée depuis Marx du point de vue mondial, est dans la contestation socialiste du capitalisme. Elle se supposait ainsi : la fin du capitalisme donc de son impérialisme, le premier n'est pas tombé et le second a reculé de quelques miettes. L'étape, de libération concerne les colonisés. Aux premières heures (19è siècle) du communisme, il définissait son projet, égalitaire surtout, et déterminait d'abord sa doctrine et sa position de ce qui gouvernait l'humanité « le capitalisme impérialiste. » Les combats prolétariens opérationnels, étaient l'oeuvre d'ouvriers qui se comptaient en millions avant l'automatisation qu'on connaît aujourd'hui. Une union espérée, bien épique (au lieu d'utopique) au niveau du globe, distinguerait, avec moins de souplesse qu'aujourd'hui, le capitalisme comme source de tous les maux.
Les syndicats vouaient une grande confiance dans l'idéologie naissante et en ont été, depuis qu'ils sont devenus salariés en ateliers d'artisanat sous les féodalités, dépourvue d'un tel repère. Leurs menées s'alimentaient de l'incommensurable rêve d'une « mondialisation » ouvrière, bien différente de celle officielle, reniée par certains peuples, actuellement. Une globalisation d?alliance ouvrière répondait, jadis plus farouchement que de nos jours, à l'expansion capitaliste qui reste avide de matières premières (disponibles auprès de colonies conquises) et de main-d'oeuvre corvéable et transplantable là où l'usine tourne en 24/24 et 7/7.
Marx conjurait son militantisme (lutte pour appliquer sa philosophie) contre la bourgeoisie en reconnaissant sa fonction économique, qu'il jugeait révolutionnaire, avança-t-il. Elle dota la société d'ateliers qui ne se faisaient pas à la barbe du roi mais avec son consentement. Les féodalités d'avant la renaissance européenne, c'est à dire arabes, de Bagdad puis les premières à sinstaller en Andalousie, donnaient de l'or, autre exemple d'encouragement, pour les auteurs qui terminaient leurs manuscrits. Une équipe de secrétaires, relevant du palais, transcrivait l'écrit et en fait quelques copies, 1 à 100, selon l?époque et la conjoncture. Le créateur reçoit l'équivalent en métal, d'où l'expression « pesant d'or », précieux et beaucoup d'autres privilèges du genre poste d'ambassadeur ou à la tête d'écoles comme vrais campus ou Médersa. La production des ateliers était destinée au faste du roi puis à ceux qui compensent le prix coûtant de la production.
Des jalons pour démanteler les séquelles des cavernes préhistoriques et l'héritage monarchique, se dessinaient avec un véritable coup d'Etat universel visant le capital, telle était l'imagination du marxisme. Une philosophie exigeante d'attitude de changement du monde pilotait les idées communistes. La mise en oeuvre du socialisme aurai résout la question des indépendances parce que inscrite plus tard, par Lénine prolongeant les théories marxistes, en premier critère (voir citation plus loin) d'adhésion au communisme au niveau mondial. Le préalable prolétaire s'est scindé à la liberté des opprimés considérés comme esclaves s'ils n'essaient d'arracher leur autonomie.
La position du PCA pour la libération est tellement claire, qu'il n'y a que ceux la refusant, aussi lucide et dans un cadre universel, qui la considèrent assimilationniste ou attachée à la métropole. Elle est une application à l'Algérie dans l'ensemble sous occupation. L'altruisme ou le collectivisme, avant qu'ils ne soient communistes, recommandent le partage des causes et des efforts qui les mettent en lumière. Elles se sont liées et inspirées d'une forme d?existence déjà en marche, la notion de justice n'est la primauté et le propre du socialisme. Cependant proposant de dépasser le capitalisme, une société avancée et égalitaire, le communisme assume la modernité sur tous les plans afin de soutenir les progrès qu'il les voulait palpables et équitablement servis aux populations.
Les analyses de ce parti qui a converti les cellules PCF en Algérie, en une formation politique fortement ancrée au sol qu'elle revendiquait et appelaient à la rigueur (sans concession) scientifique, ne pouvaient être populistes. C'est à dire venant en aide à la première des actions de la communauté colonisée, sans juger la négative de la positive. Contrairement au mouvement nationaliste, pourvu qu'un acte politique soit signé de la population indigène sous colonialisme, ou bien la majorité après l'indépendance, même à caractère fasciste, le fait est soutenu et très souvent planifié et exécuté de la manière la plus impardonnable, histoire de se mettre au devant et en selle dans l'accélération du processus indépendantiste.
Le projet des indépendances a été découvert avec beaucoup de précocité auprès du communisme universel. Il était formulé ainsi « Prolétaires de tous les pays et peuples opprimées, unissez-vous.. » avec l'appel de
Les colonies relèvent du passé, nous sommes en 2006. Le néo-colonialisme, s'il est un prolongement d'une situation historique, il est une autre « Histoire » visible sur une nouvelle page, carrément un autre pupitre de lecture. Il n'explique pas toujours les rapports, en post-indépendance, entre métropoles et territoires anciennement annexés. Pourtant ils sont, au néo-colonialisme, indexés certains malheurs des pays émergés en tiers-monde en recouvrant leurs souverainetés. Le néo-colonialisme entretient le maquillage, au sens de travestissement, de l'incapacité des bourgeoisies dirigeantes des pays nouvellement libres, d?exercer des programmes de développement. Prédateurs sans formation et à la tête de communautés nationales déstructurées, les représentants des nationalismes s'apparentent à des aristocraties paysannes. .a sociologie est sans langage devant l?épreuve islamiste vécue par les algériens et le pipeau de sa gestion par les responsables du pays.
... à suivre ...




