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Mercredi 18 Avril 2007

Par N.E. Tatem avec ARGOTHEME

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Le plan Vigipirate, depuis les attentats des stations de métro Saint-michel et Maison Blanche ou l’affaire Kelkal, connaissait des hauts et des bas sans jamais être levé. Avec l’historique cinémascope forfait des 2 tours new-yorkaises, il a été renforcé du fait de la présence du contingent français en Afghanistan. Et malgré l’opposition de l’Elysée pour l’invasion de l’Irak, l’opinion générale craint un acte terroriste. Les chicanes du foulard dans les espaces publics notamment les établissements scolaires et l’inacceptation de praticiens de la santé masculins pour consulter des patientes de confession ultra islamique, ont augmenté la tension.

Hacène Hattab, Fondateur du GSPC.


 

Ces 2 aversions des règles de la république laïque qui ne font pas l’adhésion majoritaire de la communauté musulmane en France, constituent l’argumentaire des enrôlements. Visant la France, les appels d’Ez-zawahiri, le second d’El Qaida, et du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat), basé en Algérie et se déclarant loge maghrébine de l’organisation terroriste la plus redoutée dans le monde, sont les plus préoccupants. Le premier commanditaire essaie de faire bouger les cellules dormantes, jeunes égarés et djihadistes de tous bords. Et le second, tenté de mettre à feu et à sang toute la région méditerranéenne, émet des coups de pieds sous la table pour exhorter ses éventuels affidés, et dans l’espoir de fédérer tous les indiqués à commettre le coup démoniaque .

Dans la conjoncture des présidentielles, la vigilance des services de sécurité est passée à son niveau quatre, le plus élevé, dès les premières semaines de 2007. L’objectif de ne pas laisser-faire, tous éléments sur le point de passer à l’acte, mobilise investigations et surveillances. La tâche est improbable face à un monde tapi dans l’ombre qui, sans spontanéité, pourrait frapper d’une manière expéditive et sans retour de son soldat. La dernière des actions préventives, baptisée « Réseau de Paris » est la réunion du 8 mars, sur invitation du garde des sceaux, d’une cinquantaine de juges, Bruguière pour la France et l’espagnol Garzon, de neuf de pays (Allemagne, Espagne, Pays-bas, Royaume-Uni, USA, Indonésie et Maroc), chargés spécialement des dossiers du terrorisme. Dans un jeu de chat et de souris, dès qu’une volonté de forfait est avérée, le grappin est mis en branle sans dissuasion et pour intervenir en mise d’hors d’état de nuire résolue.

Depuis 2005 une dizaine de groupes présumés terroristes ont été démantelés. Parmi lesquels, celui dit de Safé Bourada, un personnage déjà condamné à 7 ans de prison pour les attentats de 1995, originaire de Trappes (Yvelines) est des plus importants. Le 12 décembre, celui des braqueurs dirigé par Ouassini Chérifi s’est distingué par sa recherche de financement, il détenait nombreuses cartes bancaires. Au 20è arrondissement parisien, un réseau d’envoi de combattants en Irak dont on croit qu’il a déjà effectué des expéditions a été appréhendé. Des électroniciens, chargés de confectionner des télécommandes de mise à feu distance, ont été arrêtés à Toulouse début février sans vraiment déterminer la destination de leurs travaux.

Aussi bien les kamikazes que les services de sécurité savent que les réseaux de transport, l’expérience est bien faite, sont des terrains vulnérables et de prédilection. Les intrusions dans ces sites, avec la banalité de se munir d’un bagage portant l’arme fatale malgré la perfection des détecteurs, est telle une aiguille dans du foin. Quand un tribunal accorde la mise à l’écart des employés d’un aéroport, très sensible lieu de voyage, en avalisant des licenciements que les congédiés considèrent abusifs, le risque est situé sans qu’aucune culpabilité ne soit établie. En toute responsabilité, le magistrat se conforme à l’adage : vaut mieux prévenir que... La preuve est dans ce cas, non pas d’une simplification discriminatoire, mais plus liée au comportement des sujets écartés. Quelqu’un d’imprégné de la « pseudo idéologie » djihadiste, faisant ouvertement l’apologie de Ben Laden, se revendiquant de la nébuleuse El Qaida et légitimant les opérations qui sévissent sur la face de la Terre, il est muni du profil dont la dangerosité est arrivée à terme. Il aurait les aspects d’une personnalité kamikaze qui s’invente bonnement un romantisme confondu dans une contre-révolution suicidaire et réactionnaire.

Des renseignements parviennent à la DST (Direction de Surveillance du Territoire), disons-le, quotidiennement. Ils sont conjointement décryptés par l’UCLAT (Unité de Coordination Antiterroriste) et la SDAT (Sous Direction Antiterroriste). Les plus irrécusables sont : d’abord une note émise par les services secrets américains avertissant, à la mi-février, l’interception de messages dont le contenu concerne la France. Et la géographie fait que le GSPC est au centre des circonspections, du fait aussi qu’il soit d’un pays assez proche. Cette organisation s’est aguerrie avec les ans et convoite, depuis quelques années, d’étendre ses tentacules. Outre sa présence dans l’immensité du Sahara et dans certains pays sub-sahariens ayant des confins avec l’Algérie, elle a fait des émules en Tunisie. Parmi le groupe, d’une vingtaine de personnes, anéanti dernièrement figure plusieurs nationalités. Cette opération a été suivie d’une vraie bataille rangée, le 12 mars, dans une banlieue de Tunis qui a duré toute la matinée.

Principal instigateur : l’hydre hideuse du GSPC.


L'actuel émir du GSPC, ABOU MOUSSAÂB ABDELWADOUD.


La promiscuité, sur plusieurs plans, avec l’Algérie donne du fil à retordre. La connivence du pouvoir, dans cette ancienne colonie, vissé à la religiosité de son nationalisme, de larges catégories de la société désespérées que leur patrie tourne en rond malgré ses atouts économiques donc vouant du changement dans les menées de la nébuleuse intégriste et de certaines ONG ou quelques officiels de pays complaisants envers la « para idéologie » islamiste, sous le socle d’un démocratisme modélisé à l’exportation, aussi bien les hordes de criminels que leurs frappes n’ont pas été amoindries dans ce pays. Depuis la première attaque de l’école de police d’El-Biar en 1982, quartier du centre d’Alger, qui fut l’œuvre d’un groupuscule inspiré de la fois de la révolution iranienne et des frères musulmans égyptiens, les complaisances, internes et externes, ont placé toute résistance à l’intégrisme en Algérie, en œuvre de la dictature militaire. En France, avec la parution de bouquins incriminant l’armé algérienne, les tiers débarqués d’Algérie accusant la grande silencieuse sont ménagés et même mis au devant alors que les victimes sont laissées dans leur souffre-douleur. Pourtant les protagonistes comme Kelkal et le groupe qui a détourné, en 1997, l’avion reliant les capitales des 2 pays, sont abattus sans sommation en hexagone.

En 1990, année de l’arrêt d’un processus électoral qui allait remettre les règnes du pouvoir vieillissant à sa continuité sectaire et dénaturée par l’islamisme, il n’y avait pas de distinction entre étrangers, citoyens locaux et éléments de l’appareil sécuritaire. L’illusion de la loi de la concorde nationale préconisée par Bouteflika et votée par référendum, dès son retour aux affaires, est plus que jamais une tare de vouloir domestiquer la bête immonde. La récente recrudescence à laquelle fait, dans une grande solitude, face l’armé algérienne montre qu’en dehors des éléments des forces de sécurité, seules les personnes étrangères à ce pays, au palmarès macabre de plus de 150 000 victimes, sont ciblées.

L’opération du bus de touristes assailli à l’ouest d’Alger, le 10 décembre 2006, a fait 9 blessés. Elle a marqué la reprise après un leurre d’accalmie ou des mouvements sporadiques qui ont touché certains maires de villages. Le discours des officiels algériens se gargarisait du « terrorisme résiduel. » Le 5 mars dernier, 4 coopérants techniques russes ont été abattus dans la région de Aïn-Defla, département à 150km à l’ouest d’Alger qui a connu des plus macabres tueries entre 1990 et 2000. Les six attentats conjointement exécutés dans la région de Tizi-Ouzou (Kabylie), en février dernier faisant 6 morts, ont été suivis d’un coup de filet qui a permis d’appréhender une vingtaine de personnes directement impliquées ou faisant partie des réseaux de soutien. Puis la souricière tendue à un barrage de gendarmerie en fin de journée du 3 mars 2007, montre que le regain de cette criminalité est plus que jamais à appréhender avec rigueur.

En Kabylie, l’encerclement et le pilonnage par hélicoptère, à partir du 6 mars et pendant 3 jours, d’une faction du GSPC parmi laquelle il y aurait des étrangers soupçonnés d’être des émissaires venus d’orient, nous a pas encore livré son bilan. Par contre d’autres opérations de l’armé algérienne ont permis de recueillir des renseignements utiles, au moins concernant le mode de pourvoi en armement aussi bien en France qu’en Algérie. L’arrestation le 10 Février d’un français répondant au nom de Alain-Roger Raphaël avec 2 tunisiens, dans le constantinois (est), en train de monnayer un impressionnant arsenal au GSPC, va dans le sens que des ramifications sont effectives et indétectables en France. Même si cet ancien malfrat, prétendant au tourisme avec un mobil home, est un passeur avide de renflouer ses caisses, car c’est l’un des tunisiens qui est le principal maître de la livraison, le sol français constitue une base d’échange. Par ailleurs la destruction d’une cache dans un maquis de Aïn-Defla avec 2 hommes à l’intérieur, fin d’année 2006, a résulté par la découverte d’un ticket de caisse émis par un grand espace commercial spécialisé du sud-ouest de la France.

Le GSPC a imposé son leadership, après que Abou Moussaâb Abelwadoud ait remplacé Hassan Hattab, devant le GIA (Groupe Islamique Armé) qu’a créé le FIS (Front Islamique du Salut) après sa dissolution, en liquidant avec une férocité exterminatrice tous ceux qui ne reconnaîtraient pas sa suprématie. Dans sa stratégie, l’armé algérienne a tiré profit de la confrontation entre ces 2 organisations. C’est un processus « militaro judiciaire » salutaire, semblable aux pratiques du FBI qui créait même des zizanies entre les familles de la mafia italienne qui sévissait jadis sur le sol américain, afin de réduire les effectifs actifs. C’est aussi le cas de la fameuse bourgade de Bentalha, non loin du centre d’Alger, où les habitants, après avoir été des soutiens, prenaient part pleinement aux préparatifs des attentats et assuraient les replis de leurs auteurs. Dans ce quartier quand mourrait un policier ou un simple employé de l’Etat, sa dépouille restait exposée dans la rue 2 à 3 jours, sinon une semaine, pour que vienne une compagnie d’un millier de militaires afin de la retirer. Même la personne qui signale une telle image aux autorités le faisait avec un maximum de discrétion pour ne pas s’exposer aux représailles. Et pour le nettoyage, il fallait enragé davantage le loup dans la bergerie, le laisser agir et tirer conséquence aux yeux mêmes des anciens partenaires du terrorisme.

A regarder l’acharnement de la chaîne T.V. Al-Jazira, déjà renommée pour avoir diffusé les horribles exécutions en Irak et les interventions des chefs d’El Qaida, à l’égard de l’Algérie particulièrement à propos des derniers événements, il y a de quoi méditer pourquoi le terrorisme persiste dans ce pays. Mettant en boucles, tous les 2 ou 3 heures, les images filmées par les hommes du GSPC en les commentant en hauts faits de djihad, elle a écoeuré unanimement les algériens. Seuls les complices des fous de dieu, en se félicitant des atrocités, ont trouvé un canal qui sert leur cause satanique dont l’humanité ne cesse de se plaindre.

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publié par ARGOTHEME -Editeur et Communicateur- dans: histoire/ culture - politique
Mercredi 04 Avril 2007

Par N.E. Tatem avec ARGOTHEME.   http//www.argotheme.com

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Aucune musique arabe ou maghrébine n’a pu aller au-delà et aussi loin, des confins de son bercail, comme le Raï. Pour tant de propagation dans le monde, certains critiques ou observateurs le comparent, sine qua non, au reggae. Des refrains nés dans le ghetto de pays dont l’émergence post-coloniale reste à faire.



Il faut déceler que ces deux genres ont eu des parcours similaires. Après avoir vu le monde dans des pays sous-développés et ont été bâtis à partir de patrimoines locaux, leur succès détale à travers les continents de la Terre. Seules les langues diffèrent. La musique qui a distingué le King Bob Marley a le privilège de se chanter en anglais. Le raï, avec sa disponibilité à intégrer, mixer et brasser tous rythmes rencontrés, est fait avec sa langue toute particulière. Celle de la rue dont la richesse poétique a pour source l’oralité qui ne rechigne pas à emprunter des passages entiers des autres langues en suivant le parlé de la rue d’Afrique du Nord.
Depuis plus de décennies déjà, l’audimat, quelques canaux de diffusion et le milieu artistique français qui  lui ont permis, chacun selon, une percée innovante. La dernière en date s’est réalisée avec la langue de Victor Hugo et s’appelle « Aïcha. » Chose que pratiquaient les premiers chanteurs et dramaturges populaires de l’Algérie surtout. Les paroliers qui ont le plus utilisés des mots de la langue française, sont ceux du raï classique et contemporain.
Dans le dictionnaire Larousse de 1998, pour la première fois, s’est instaurée une admission dans le vocabulaire et une signification est fixée au mot Raï : « Genre de musique et de littérature moderne de l’Ouest algérien, ouvert sur les autres styles... » A se poser la question, si c’est vraiment une littérature ? Nous dirons surtout ses détracteurs. Que non ! Vous diront tous ceux qui ne le tiennent pas d’une odeur de sainteté. Pourtant la poésie du raï n’a pas d’égal dans la métaphore et la sincérité de ses propos et significations. Tel, le Rap c’est un verbe qui sort des tripes des jeunes qu’on considère pour des laissés pour compte et des désœuvrés.

 

1ère période : « Les Cheikhs », l’avènement du raï.

 



La naissance du raï date du début du siècle clôturant le millénaire qui s’est éteint. Après et pendant la  1ére guerre mondiale, la misère s’est installée comme un vide austère. La crise de 1929 avait longtemps rodé et les stigmates de la guerre sont de profondes plaies et des cicatrices tranchantes. Le « Melhoun »(1) qui était le seul bédouin festif avec lequel s’animaient  les soirées et les fêtes auparavant, avait subi un frein. En l’absence de l’opulence qui permettait les méchouis et les nuits où le vin coulait à flots que cette poésie lyrique animait ; l’extinction d’une mode et l’apparition de nouveaux contextes et perspectives historiques, le « Melhoun » séculaire est devenu obsolète.
Les servants de ces « Rave-parties » regroupant, au début les princes des anciennes bourgeoisies berbères, arabes et ottomans, rejoints par les colons, ont été les premiers fondateurs du rai. Des noctambules d’origines européennes et autochtones tenaient de longues soirées sous forme de beuveries ans les grandes propriétés foncières. Les employés sont allés renforcer les ghettos qui se formaient dans les parages des villes, rejoignant les déracinés qui ont perdu leurs terres. Certains sont devenus bergers de maigres troupeaux, préservant leur liberté par le nomadisme. De leurs écoutes des « Cheikhs » du « Melhoun », ils commencèrent à les imiter reprenant quelques vers de la pompeuse poésie du « Melhoun ». Ils adoptèrent une rythmique plus accélérée, moins mélodieuse grâce à des instruments semblables à ceux de leurs maîtres mais aux sons, aux formes et à la manipulation plus légère:  « le Nay »(2) et le « Galal »(3). Certainement créés pour la commodité de leurs transferts et sont devenus de prédilection à la suite de raffinements.
Ils ont d’abord été invités à animer des soirées dans les bordels ouverts pour assouvir les besoins sexuels de la soldatesque colonialiste, dont les contingents de célibataires et légionnaires. Et c’est dans ces lieux de perversion qu’ils ont été baptisés aussi les premiers chanteurs du raï en « cheikhs » tels qu’étaient désignés  leurs prédécesseurs du Melhoun. C’est la raison du lieu de l’apparition du raï que la mauvaise réputation lui reste une ombre fatale. C’est à dire depuis, on lui enjoint une vulgarité qui l’ait toujours casé dans la précarité et le refoulement.
Cependant du côté instrumental l’accordéon, le violon, la clarinette, la trompette et d’autres encore ont fait leur percée, dans le patrimoine musical du Maghreb.
Comme la venue du raï est incontestablement parvenue à partir du Melhoun, une nouvelle forme du texte le différencie nettement. Sa poésie est élaborée d’une autre manière plus écourtée et déstructurée, glanée d’un passé en partance. La trame générale de son poème s’est mobilisée à exprimer une subversion par rapport aux tabous qui ne plaisent pas aux catégories sociales conservatrices plus attachées à la musique arabo-andalouse que le chaâbi de Dahman ou El-Anka. Le raï a vécu une longue période en marge, telle une sous-culture, des circuits officiels et des cadres culturels établis dans la société et les rouages qui la dirigent.

 

2éme période :  Les chikhate, La  grande mue.

 

       
A partir de ces bordels se sont révélées les premières voix féminines qui ont été invitées à être d’abord les chœurs puis elles ont fait le pas radieux de chanter. L’époque des « Chikhate », la deuxième étape, était venue après environ la décennie préliminaire. Elle reste une transition des plus enrichissantes puisque avec le Melhoun, il n’était pas ainsi. L’absence des chanteuses était quasi totale. Et elles ont marqué à jamais le genre en donnant un travail vocal jouissif, mielleux et suave. Un autre style qualitativement supérieur, par rapport aux genres locaux, duquel le raï ne peut désormais s’en passer, insuffla une flamme de bonheur que seule la culture berbère avait souvent entretenue.
Il faut préciser que cela n’a pas seulement réhabilité ces femmes chanteuses, mais aussi réconforta davantage la mauvaise renommée. Déjà une farouche intolérance de la société traditionnelle, n’arrêtait de l’isoler, elle perdura sans manquer d’argumentaire.
Mais c’est aussi grâce à ses Chikhate que le raï est sortie dans la rue. D’abord commandé par les cabarets où se pratiquait la fameuse danse érotique du ventre, puis les bars et enfin les festins qui s’organisent dans les bas-fonds. L’attirance qu’a eu les voix féminines a rendu populaires beaucoup d’entre elles et en aménagea les premiers enregistrements sur les supports de vinyle noir. Les Cheikhs demeuraient nonobstant, à chanter avec beaucoup de prépondérance.


3éme période : Les Chebs, la Modernisation.

 

       
L’étape des Chebs (Jeunes) est due principalement à un trompettiste incontournable actuellement dans le monde du raï. Dès les débuts des années  70, Bellemou jouait de son cuivre dans les gradins des stades de football d’Oran. Parmi les supporters des deux clubs : MCO et USMO, résonnaient anonymement, chaque dimanche, des sons plus affiliés à l’Ouest algérien, et dignes de représenter tout le pays sur le plan musical. Vite interceptées comme une valeur bien populaire, elles attendaient depuis des lustres de la considération.
Un autre homme de haute culture très respectueuse des terroirs et parolier du raï, était directeur de la station régionale de l’ex. RTA et n’a pas été indifférent au travail de Bellemou dans la foule. Il l’invita à la télévision et réalisa avec lui deux chansons qui ont eu le succès, certes inattendu, mais déjà décelé ayant de l’emprise sur l’écoute de la  jeunesse. Saïm El Hadj à qui est due la première prise en charge du raï moderne, était parolier émérite de la chanson populaire. A l’époque le ministre algérien de la culture n’a pas pardonné à ce dernier d’avoir fait cette première approche du raï et l’est écarté de l’institution pour, dit-on, ce motif.
Des chebs se sont depuis mis à un travail d’universalisation. Ils étaient au parfum de la mauvaise considération donnée à leur musique, ce qui les a poussés à des améliorations de grande envergure et de bonne facture pour s’imposer. Ils montrèrent la même subversion que leurs aïeuls, en l’enrobant d’une esthétique dite de chansonnette. Et ce qui leur a fait de l’attrait auprès des jeunes, outre l’expression de la révolte par rapport aux mœurs, est l’esprit ludique, surtout de discothèque. Ils confectionnèrent de leurs propres moyens des sons musicaux et une poésie dont le romantisme reflète leurs frustrations sentimentales, leurs plaies profondes.

C’est en France aussi que se réfugièrent quelques grands noms du raï pour trouver des conditions de travail très attractives et les moyens techniques adéquats à une modernisation plus poussée. Ils pointèrent dans ce pays où les forces progressistes et de gauche sont de réels militants des cultures diversifiées et non réticentes à l’exotisme, à une époque où la chanson française connaît un reflux devant l’assaut de l’américanisation se fait entendre dans tous les domaines. Des réactions négatives ont tenté de boycotter le raï mais la nécessité a dépassé les entraves. C’était la chance d’en faire des stars et d’assurer une très large diffusion.

(1) Nay : Flûte en roseau, plus fine que la Gasba du Melhoun.

(2) Galal : Genre de tube en bois, 20 à 30cm de diamètre, souvent un tonc de bois raffiné, creusé.

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