Par N.E. Tatem avec ARGOTHEME-
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Abou-Zeid Abderrahman Ibn Khaldoun précurseur des sciences humaines
Né le 27 mai 1337 à 19 mars 1406 à Tunis.
D’une famille originaire du Yémen et établie en Andalousie.
Arnold Toynbee dit de lui qu'il a « conçu et formulé une philosophie de l'Histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays ».
Il y a 600 ans mourrait l’anthropologue et le sociologue avant l’heure, Ibn Khaldoun. Quand en 1406 il a rendu l’âme à qui de droit, il était Cady principal d’Egypte. Haut magistrat, détenteur des préceptes fondamentaux et des procédures d’application en matière de droit. Pour toute la société musulmane de l’époque, il était consulté pour orientation, ou bien il lui était confiait l’entière autorité de statuer, en matière de litiges entre les sujets et les communautés.
Observateur de haut vol de la société musulmane décadente sous yeux, il était le dernier des maillons du courant des rationalistes qui militaient depuis le 12ème siècle pour rallonger la vie d’une civilisation qui perdait tant sa présence que son règne sur les sciences et le savoir. Le mouvement fondé par un certain Nacereddine Ettozi, a surgi en orient avec une chaîne d’adeptes vivants depuis les confins du Golf d’Arabie jusqu’aux portes de Chine, dit celui « El-Mouâtazila ». Cette coterie n’avait pas lieu d’être côté Maghreb du fait du rayonnement de l’Andalousie musulmane. Par contre, elle était plus présente et active, géographiquement du côté du levant du fait de la forte emprise des obscurantismes et autres discordes autour des khalifats qui se sont déclenchés dès la mort du prophète.
Inspirés des philosophies grecques dont les traductions à la langue arabe ont été ébauchées à partir des grandes œuvres de Platon, Socrate et éminents penseurs qui marquent à jamais l’humanité, par Averroès (Ibn-Rochd), les rationalistes ont ligué, sous la houlette de ce Nacereddine sauvagement assassiné par la secte des « Hachachines », plusieurs jeunes originaires de Turquie, Irak, Iran, Arménie, Turkménistan, Afghanistan, Azerbaïdjan et surtout Ouzbékistan avec ses deux villes Boukhara et Samarkand.
Une trêve dans l’écroulement de l civilisation arabo-musulamne, comme une parenthèse, avait pris le dessus pendant l’époque florissante marquée, par le non moins éclairé, Haroun Er-Rachid, régnant au côté du Golf persique sur les vestiges de la civilisation perse. Le seul et le dernier à n’avoir pas lésiné sur tous les moyens dans l’encouragement des sciences et des arts, avant que l'assignation de faire de l’occident via l’Espagne le fief cette civilisation basée sur la langue arabe. L’ensemble de la rive nord de la méditerranée s’est mise à progresser et à la découverte des continents (Amérique et Australe) et des lointaines civilisations de l’extrême orient (Chine et Inde).
Ibn Khaldoun qui, il faut le préciser, est resté inconnu tant dans le monde qu’auprès de la culture arabo-musulmane jusqu’au 19ème siècle, fut le premier à avoir créé et rédigé de vrais traités que les éditeurs et les critiques nomment actuellement par essais, de sociologie. Cette science sociale encore honnie par les intégrismes à notre époque, qui analyse la psychologie collective et les structures mentales des populations, se rapporte à déterminer les origines et sources des comportements que génèrent les cultures modernes ou leurs opposées traditionnelles. Ce qui place ce penseur, comme fondateur d’une chaire qui se veut une véritable prescience définissant « le comment et pourquoi » qu’une communauté quelconque sombre dans la régression, avance vers le progrès ou stagne fixée à la conjonction qu’elle croit la préserver d’où « le conservatisme ». Mais la sociologie qui était dissertation sous forme de constat ayant pour sujet l’environnement et le cadre de vie des humains, s’est développée depuis, devenant le socle d’analyse des attitudes et agissements qui conduisent des sociétés observées, à réagir d’une sorte préférablement qu’une autre.
Pour que cet homme atteigne un tel rang de création, il était à la fois doué d’une grande mobilité (voyageur comme Ibn Batouta « journaliste » et Ibn-Roch), préoccupé sinon excédé de la déchéance qui s’opérait sous ses yeux et surtout lettré pour écrire Prolégomènes « El-Moukadima ». Première thèse que connaissent les sciences humaines. Son parcours au Maghreb est plus important, dans le temps, que son siège en Orient au même titre qu’Averroès (Ibn Rochd). C’et l’influence de l’Andalousie où ce dernier (Averroès) enseigna auprès du roi El-Mansour, dans même le palais royal, alors que ce monarque guidait cette contrée prospère et lumineuse en matière de science. Elle était un attirail cité en exemple pour tous les savants et disciples de l’époque. Outre sa mitoyenneté avec l’Espagne, le Maghreb avait un immense héritage historique, bien millénaire et se rapportant à toute l’époque romaine avec Carthagène et la civilisation chrétienne avec Saint Augustin.
Cette région nord-africaine faisait que tous les érudits plantaient leurs ordres dans cette région où allait naître la courte civilisation des « Hamadites », sur l’axe (Naciria) B’gayeth -Bejaia- où ont été écrits pour la première fois les chiffres utilisés de nos jours (1, 2, 3 etc.), Kalaâ des hamadites (région M’sila) en passant de la minuscule bourgade des Beni-Abbès (Ighil-Ali) et Tiaret (Tihert). C’est dans la région de Tiaret qu’une grotte, encore en place, creusée au flan d’une colline, dit-on des mains d’Ibn-Khaldoun et où il séjourna en ermite pour rédiger quelques unes de ses œuvres dont certainement la très intéressante « Histoire des berbères ».
On doit à Ibn-Khaldoun comme au prophète Mohamed et à Karl Marx (Voir sa correspondance sur la société algérienne pendant son séjour au 19ème siècle) un verdict d’observateur concernant les personnes et les communautés paysannes ou les ruraux. Il avait à sa manière : (Idha dakhala el-Aarabou médina Alhakaha el-kharabou) en d’autres termes : Quand rentrent (il veut dire dirigent) les ruraux une cité, elle sera ruinée.




